Patrimoine : le pari de Stéphane Bern est-il déjà perdu ?

Stéphane Bern a été choisi par le Président Macron pour restaurer les monuments du patrimoine national qui sont en mauvais état. L’animateur de télévision a accepté avec enthousiasme cette mission délicate et souhaite être le Prosper Mérimée du XXIe siècle, du nom de l’écrivain qui, avec l’appui de Napoléon III, a sauvé, sous le Second Empire, beaucoup de chefs-d’œuvre en péril. M. Bern avait, dans un premier temps, choisi 270 projets avant de restreindre sa liste à 120 pour, finalement, revenir à son choix de départ ou presque.

Il a chiffré le montant des travaux : 2,5 milliards d’euros, soit le quart du budget de la Culture ! L’État est, bien entendu, incapable de sortir ces fonds en période de déficit, aussi Stéphane Bern a-t-il envisagé deux méthodes de financement : le premier à travers une loterie du patrimoine, un jeu de grattage. Lancée en septembre, elle sera appuyée par un super loto le 14 septembre. La Française des jeux espère recueillir ainsi 40 à 50 millions d’euros, tout en se servant au passage, ainsi que l’État. Ces sommes seront utilisées en priorité pour 18 projets déjà choisis. La seconde méthode est l’appel à la générosité des Français. Les 270 projets retenus sont présentés sur un site, les travaux à effectuer sont détaillés et chacun peut donner ce qu’il veut pour le château, l’église, la chapelle ou le palais de son choix. Mais les fonds recueillis sont, à ce jour, fort modestes : 1,3 million d’euros. Certains projets font recette (enfin, c’est une façon de parler), beaucoup d’autres ont leur compteur toujours bloqué à 0 euro. Au total, en 2018, Stéphane Bern ne récoltera au mieux que 2 % de la somme dont il aurait besoin. Une paille !

Certes, l’idée de MM. Bern et Macron est économiquement intéressante : les travaux de restauration ne sont pas délocalisables et l’argent dépensé pour eux restera pour la plus grande part en France. Ensuite, organiser une loterie et faire un appel aux dons est sensé. Mais le tort de l’animateur est d’avoir trop espéré de ces financements. La somme que les Français dépensent pour les jeux de hasard (loto, tiercé, jeux de grattage) est fixe. Un nouveau jeu n’augmentera pas cette manne et ne pourra en recueillir qu’une faible part de cette dernière. Obtenir, par ce biais, 100 millions sur une année pleine serait déjà une victoire.

Quant aux dons des particuliers, sans doute devrait-on lancer une campagne télévisée pour sensibiliser le public. Pourquoi ne pas diffuser une série courte dans la lignée de « Chefs-d’œuvre en péril », qui passait il y a plus de quarante ans sur les chaînes publiques ? Il faudrait ensuite accorder aux généreux donateurs une déduction fiscale qui ne serait pas vraiment de l’argent perdu, puisque l’État récupérerait la TVA et les impôts sur le revenu des artisans retenus pour les travaux. Psychologiquement, on ouvre plus facilement son portefeuille si une partie des dons est déduite de ses impôts. On l’a bien vu quand l’ISF existait. Les assujettis investissaient des sommes importantes dans des placements pourtant à risque parce que 50 % d’entre elles venaient en déduction de l’ISF.

Il faudra surtout s’armer de patience. Stéphane Bern n’arrivera pas au bout de son projet en un an, ni même en dix. Au rythme actuel, c’est un demi-siècle qu’il faudra pour que le dernier « chefs-d’œuvre en péril » de la liste de l’animateur soit enfin restauré.

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