Japon et France : l’Entente cordiale

Ne nous y trompons pas. La visite du prince héritier du Japon, Naruhito, en France n’a rien d’une sinécure. C’est tambour battant que le fils d’Akihito et petit-fils du controversé Hirohito a mené sa visite quasi officielle en France. Il est arrivé le 7 septembre et en est reparti le 13. C’était, d’ailleurs, sa dernière visite car, après avoir reçu la couronne impériale 1, et en tant que « symbole de l’État et de l’unité du peuple », il ne sera plus autorisé à voyager. En cinq jours pleins sur le territoire français, il s’est rendu à Lyon, a visité le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) à Grenoble, a pris un verre de vin dans un domaine viticole bourguignon, à Santenay. Il a rencontré les différentes communautés japonaises de Rhône-Alpes et d’Île-de-France. Cette ultime escapade française s’est terminée en apothéose, sous les ors du château de Versailles.

Pourquoi donc un tel voyage ? Bien entendu, pour fêter les 160 ans de relations diplomatiques entre les deux pays. Tout le monde a, d’ailleurs, oublié le nom du premier ambassadeur de France au Japon : Jean-Baptiste Gros (1793-1870), bien vite remplacé, en 1858, par Charles Gustave Martin de Chassiron (1818-1871). Mais nul n’oublie que François Mitterrand a été le premier chef d’État français à se rendre en visite officielle au Japon en avril 1982, six mois avant la mise en place du blocus sur les magnétoscopes… japonais. Que dire de l’appétence, sinon la passion du Président Chirac pour le trône du chrysanthème, passion qui l’a conduit une cinquantaine de fois sur l’archipel !

Il existe d’autres raisons à ce voyage : renforcer les liens économiques et stratégiques, les échanges culturels, les coopérations universitaires. Le Japon est le deuxième partenaire commercial de la France en Asie, après la Chine, et le premier investisseur asiatique en France. Le Japon, qui se sent un peu isolé face aux puissantes Chine et Russie et à une portée de missile d’une Corée du Nord turbulente, cherche également un allié diplomatique et stratégique. La France, qui possède le deuxième domaine maritime mondial, peut être un allié fiable. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et son homologue japonais Tarō Kōno ne se sont-ils pas engagés, en juillet dernier, à renforcer leur coopération pour « développer un espace indopacifique en paix » ? Nos deux pays partagent aussi les arts de la table et de la cuisine. Ils ont développé leurs champs culturels respectifs, qui parfois se sont rejoints. Fujita (1886-1968) et Clemenceau (1841-1929) en témoignent.

Et puis, quel meilleur écrin que Versailles pour sceller cette entente cordiale ? Avant 1945, l’empereur du Japon était considéré comme un dieu vivant car il descendait directement de la déesse solaire Amaterasu. Le descendant de cette déesse se retrouvant chez le Roi-Soleil, la boucle semble bouclée. Voilà, aussi, de quoi redorer le blason d’Emmanuel Macron après ses désastreuses images de la fête de la Musique !

Source