De la Rhodésie au Zimbabwe : 37 ans de dictature de Mugabe, et voilà le résultat…

On parle beaucoup des élections présidentielles au Zimbabwe après le coup d’État mettant fin à 37 ans de pouvoir sans partage de Robert Mugabe et le désastre économique qui s’en est suivi.

J’ai connu le Zimbabwe, qui s’appelait alors Rhodésie en 1972-73. C’était sous le gouvernement de Ian Smith, qui avait proclamé l’indépendance du pays unilatéralement en 1970. Cela avait déclenché la condamnation de toutes les grandes âmes internationales et la Rhodésie était l’objet d’un blocus sévère par le monde entier, sauf l’Afrique du Sud. En particulier, il n’y avait plus ni ambassade ni consulat français ce qui compliquait bien la vie de la colonie française.

La Rhodésie était un pays magnifique doté d’un climat agréable, étant donné l’altitude entre 1.200 et 1.600 mètres. En plus de richesses minières très importantes – or, platine, diamant, chrome… -, la Rhodésie avait une agriculture florissante et était le grenier à blé de l’Afrique. On y produisait aussi coton, tabac, arachide. Et puis, il y avait le tourisme, en particulier aux chutes Victoria, sur le Zambèze, qui sont plus spectaculaires que celles du Niagara.

Harare s’appelait alors Salisbury et était une ville d’aspect occidental très propre. Le monde reprochait à Ian Smith d’entretenir l’apartheid. Il est vrai qu’il y avait une séparation raciale entre les Blancs qui détenaient le pouvoir et la population noire, mais cet apartheid était infiniment moins marqué qu’en Afrique du Sud : pas de séparation dans les transports, les lieux publics ni dans les hôtels ; pour un visiteur, rien d’apparent. J’ai, un jour, interrogé un professeur français à l’université de Salisbury qui me dit qu’il y avait autant d’étudiants noirs que de blancs avec, il est vrai, une population beaucoup plus nombreuse.

À l’époque, une rébellion nationaliste entretenue par l’URSS et par la Chine menait une lutte armée sous les couleurs de deux partis regroupant des ethnies différentes, le ZANU et le ZAPU. En 1978, sous la pression internationale, Ian Smith met les pouces et signe les accords de Lancaster House mettant au pouvoir la majorité noire.

Robert Mugabe, issu du ZANU, est au pouvoir de 1980 à 2017. Il conduira le pays à la ruine. Sous couleur de réforme agraire, il exproprie les fermiers blancs qui détiennent les terres, quand on ne les assassine pas. De 4.500 fermiers blancs, il ne restera, en 2005, que 400, les autres ayant émigré. Les terres spoliées sont distribuées à des proches du régime qualifiés d’anciens combattants, qui n’ont ni les connaissances ni le matériel nécessaire. Beaucoup de terres restent en friche.

En 2017, un coup d’État militaire écarte du pouvoir le vieux despote de 93 ans et conduit aux élections actuelles. Le pays est ruiné, la monnaie n’existe plus, l’inflation dépasse 10 millions % par an, on en revient à une économie de troc et à la marche à pied. S’y ajoute le SIDA, qui décime le pays et, en 2009, une épidémie de choléra faisant des milliers de morts. La réforme agraire, conjuguée à une corruption et à un népotisme généralisés, met le pays au bord de la famine.

Emmerson Mnangagwa, qui vient d’arriver au pouvoir après des élections contestées – il fut vice-président sous Mugabe -, aura bien du mal à redresser le pays où la Chine a de plus en plus d’influence.

Quel gâchis…

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