Colonialisme : pour en parler, il y a plus sectaire que des historiens de gauche

La sortie du livre Sexe, race et colonies a suscité une polémique après la publication dans Libération d’un entretien de son coordinateur, l’historien Pascal Blanchard, spécialiste controversé de la colonisation – un de ses confrères l’accuse d’utiliser « une image militante du passé colonial ». De quoi s’agit-il exactement ?

Cet ouvrage collectif de 544 pages contient 1.200 illustrations destinées à faire la preuve que « la colonisation fut un grand safari sexuel ». Les historiens de gauche ont coutume d’associer la colonisation à une exploitation barbare des peuples, pour des intérêts principalement économiques. Eh bien, non ! Elle exploitait d’abord les corps. « Ceux qui pensent que la sexualité a été une aventure périphérique au système colonial se trompent : elle est au centre même de la colonisation », déclare notre éminent chercheur à Libération.

Pour lui, « la nudité fait partie du marketing de l’expédition coloniale et façonne l’identité même des femmes indigènes ». Du mythe du bon sauvage, proche de la nature, on passe vite à une réalité plus charnelle : « Le paradis terrestre se transformera en paradis sexuel. Les Occidentaux partiront dans les colonies avec le sentiment que tout leur est permis. Là-bas, il n’y a pas d’interdit, tous les verrous moraux sautent : abus, viol, pédophilie. » Ah ! Ces Européens, quels salauds tout de même ! Emmanuel Macron, qui en est resté au « crime contre l’humanité », devrait lire cet historien.

De son côté, l’historienne Christelle Taraud, autre coordinateur de l’ouvrage, assure que « la grande question de la colonisation, ce n’est pas la conquête des territoires, c’est le partage des femmes ». Évoquant la conquête de l’Algérie, elle précise qu’« une semaine après la conquête d’Alger, la France réglemente la prostitution pour mettre en place un marché du sexe ». Bref, la colonisation fut un grand lupanar et cette représentation s’est perpétuée jusqu’à nos jours.

Cette assurance doctorale dans l’interprétation de l’histoire devrait inciter à relire, dans Bouvard et Pécuchet, la mise en garde de Flaubert contre l’histoire partiale. Les chercheurs ne sont pas tous dénués de préjugés et adaptent des documents choisis à la thèse préétablie qu’ils veulent démontrer. Cela semble le cas pour cet ouvrage. Pourtant, il y a plus sectaire, comme le collectif Cases rebelles, dont les activités, selon son site, « se fondent sur réflexions et luttes contre toutes les formes de domination, dans une perspective afrocentrée et panafricaine [nommée] PanAfroRévolutionnaire ».

Dans un long communiqué, ce collectif dénie à des historiens blancs le droit de parler, même dans une approche négative, du colonialisme. Il leur reproche de ne pas respecter la dignité et le droit à l’image des « victimes », qui seraient « condamnées pour l’éternité à être exposées dans les pays barbares qui les ont colonisées ». Ce livre ne serait qu’un « coup » publicitaire, qui « se mêle au sexisme racialisé qui touche les femmes noires, asiatiques, arabes, berbères, polynésiennes, mélanésiennes, autochtones, latinas, contre toutes les femmes non-blanches ». Les « crimes de la colonisation » sont « imprescriptibles » faute d’une réelle et complète « politique de réparations ».

Décidément, il y a encore pire que des historiens engagés qui veulent à tout prix justifier leurs thèses. Les signataires de ce manifeste refusent « les dialogues avec la suprématie blanche qui ne font qu’alimenter la société du spectacle » et affirme vouloir continuer à « [s’]organiser et à [s’]auto-éduquer ». Qui a dit que le racisme anti-blanc n’existe pas ?

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